« SUR LE FIL »

2004, IMAGIA, doc, 52min, co-réalisateur-auteur, diffusion RTS

Pensé comme un lieu de pause pour ses résidents, le Centre Racard à Genève offre un hébergement à toutes personnes en crise psychologique, tout en prenant ses distances avec des objectifs tels que la guérison ou la réinsertion. Dans ce dispositif, comment les sept permanents gèrent-ils la réalité imposée par les résidents? Comment concilient-ils l’intégration de l’échec avec des valeurs sociales opposées.

NOTES DES REALISATEURS – Laurent Graenicher

Les marges de la société sont des lieux très visités par l’audiovisuel, des lieux (au sens propre comme au sens figuré) presque à la mode depuis l’avènement des petites caméras. Compte tenu du manque apparent d’originalité du sujet, je ne me serais sans doute pas aventuré de mon propre chef dans la réalisation d’un film sur un centre d’accueil pour personnes « en marge de la marge ».

C’est à la demande de Nadine Fink que je me suis intéressé à ce lieu étrange, exigu, modestement fonctionnel. C’est aussi grâce à la rencontre de son directeur, Miguel Norambuena, qui m’a ouvert les portes d’un univers que j’ai appris à découvrir à mesure que ce projet avançait. Le désir de raconter le travail que l’équipe de permanents réalise chaque jour tout en cherchant à explorer leurs motivations s’est imposé comme une évidence. Comment peut-on travailler plus de quinze ans dans cet endroit et rester attentif et curieux des autres ? Quelles motivations professionnelles, quel credo, voire quelle foi animent l’équipe du Racard ?

Les résidants du Racard ne sont pas notre sujet. Leur humanité à l’équilibre fragile me touche énormément mais réaliser leurs portraits pose des problèmes moraux que je ne désire pas gérer. Bien sûr, nous les découvrons dans les activités quotidiennes du Racard, mais c’est pour mieux comprendre l’activité des permanents, la dynamique mise en place et sans cesse entretenue qui a pour but de ramener les résidants à un minimum de vie sociale, pour leur offrir *La moindre des choses* pour reprendre le titre du film de Nicolas Philibert.

Nadine Fink

L ’idée de réaliser un film sur le Racard naît d’une rencontre avec son directeur, Miguel Norambuena. Dès nos premières discussions, la philosophie du Racard m’interpelle, me touche. S’ouvre à moi un univers en marge de la société qui m’entoure, un lieu dépouillé où le temps est réapproprié à sa juste mesure et où l’on redevient attentif à l’infiniment petit. Le Racard m’ouvre une parenthèse dans l’espace-temps globalisé et me soustrait à la réalité extérieure, qu’il questionne en retour.

Loin d’un portrait misérabiliste de l’assistance psychosociale, je souhaitait mettre en image, au sein de l’environnement évocateur du Racard, cette philosophie profondément humaniste, tout en interrogeant les motivations de ceux qui tentent de l’appliquer au quotidien.

co-réalisation: Laurent Graenicher & Nadine Fink – image: Laurent Graenicher – son: Martin Stricker & Blaise Gabioud – montage son: Martin Stricker – montage: Damian Plandolit – musique: Didier De Giorgi

voir le film en ligne   –   DVD SD disponible

article du journal Repère Social